Thursday, 3 September 2026

Chetan Baboolall, le nouvel Anerood Jugnauth ?

Impressionnantes similarités et jeu de Paul Bérenger


Par Shafick Osman, Ph.D.
Docteur en géopolitique (Paris-Sorbonne)





Nous voulions aborder cette analyse bien plus tôt, mais le temps et les contingences ne nous l'ont pas permis. Pourtant, l’exercice s’impose tant l’histoire politique de Maurice se plaît parfois à bégayer, tissant des liens invisibles entre les époques pour offrir aux observateurs de frappantes impressions de déjà-vu. 

À l'Assemblée nationale, lors de la toute première Private Notice Question (PNQ) du nouveau leader de l’opposition, Chetan Baboolall, le mardi 1er septembre 2026, un parfum de nostalgie a plané sur l'hémicycle. Pour ceux qui ont connu les joutes parlementaires d'antan, sa posture, son assurance et sa stature rappelaient de manière saisissante, à quelque quarante ans d’intervalle, la silhouette inflexible et l'autorité naturelle du regretté Sir Anerood Jugnauth.

« Pour ceux qui ont connu les joutes parlementaires d'antan, sa posture, son assurance et sa stature rappelaient de manière saisissante, à quelque quarante ans d’intervalle, la silhouette inflexible et l'autorité naturelle du regretté Sir Anerood Jugnauth. »


Au-delà de cette impressionnante prestance physique qui commande le respect, le destin semble s’être appliqué à calquer le parcours du jeune leader sur celui de son illustre aîné à travers des coïncidences chronologiques, familiales, géographiques et sociologiques troublantes.

Le chiffre 46, le parrainage de Paul Bérenger et l'équilibre familial


Le premier point de convergence est purement chronologique, mais ô combien symbolique. C’est à l'âge exact de 46 ans que Chetan Baboolall accède au poste constitutionnel de leader de l'opposition. Or, c'est précisément à ce même âge, en 1976, que Sir Anerood Jugnauth fut propulsé pour la première fois sous cette même lumière des projecteurs parlementaires.

« Issus de la foi hindoue, ils puisent leur force politique au cœur même de la ruralité mauricienne. » 


Plus fascinant encore est le fil rouge qui relie ces deux destins : l’ombre et l'influence de Paul Bérenger. En 1976, c'est le leader du MMM qui déléguait et accordait sa confiance à Anerood Jugnauth pour assumer cette lourde charge. Cinquante ans plus tard, l'histoire se répète. C’est à nouveau sous l'égide de Paul Bérenger que Chetan Baboolall reçoit cette même légitimité pour mener les forces de l'opposition.

À cette symétrie politique s'ajoute un parallélisme parfait dans leur vie privée : au moment précis de leur accession respective à cette fonction hautement stratégique, les deux hommes partagent le même ancrage de chef de famille. Tous deux sont mariés et pères de deux enfants, trouvant dans la stabilité de leur foyer le contrepoids nécessaire à la tempête des responsabilités nationales.

Une subtile nuance de trajectoire partisane


Derrière ce parrainage identique se cache pourtant une subtile différence sémantique et historique dans l'évolution de leurs étiquettes politiques. En 1976, Sir Anerood Jugnauth s'imposait sous la bannière d'un MMM alors en pleine ascension — une consécration pour lui après ses passages au sein de l'IFB (Independent Forward Bloc) et de l'All Hindu Congress dans les années 60.

À l'inverse, Chetan Baboolall a fait le chemin du cœur vers la dissidence. Ancien membre du MMM lui aussi, il a choisi de suivre Paul Bérenger hors des murs historiques du parti mauve pour rejoindre la toute nouvelle formation dissidente : le Fron Militan Progresis (FMP). Si l'idéologie et le mentor restent les mêmes, la structure, elle, a muté.

Des racines communes : identité et terroir


Les deux hommes partagent également un ancrage identitaire et professionnel identique. Tous deux portent la robe de légiste, ayant forgé leur esprit critique et leur sens de la justice sur les bancs du barreau. Issus de la foi hindoue, ils puisent leur force politique au cœur même de la ruralité mauricienne. Sir Anerood Jugnauth avait bâti son empire politique initial dans une seule et unique circonscription rurale, la circonscription n°7 (Piton-Rivière du Rempart) ; Chetan Baboolall marche fidèlement dans ses pas, porté lui aussi au Parlement par le suffrage des électeurs d'un grand terroir rural, la circonscription n°10 (Montagne Blanche-Grande Rivière Sud-Est).

L'échiquier castéiste : les clés du pouvoir traditionnel


Sur le plan communautaire, la confirmation de l'appartenance de Chetan Baboolall à la caste Vaish ajoute une profondeur stratégique immense à sa nomination. À Maurice, la caste Vaish (ou Vaishya) occupe une place centrale et historiquement déterminante : à l'exception d'une seule et brève transition, tous les Premiers ministres de l'histoire de Maurice indépendante sont issus de cette caste.

Cette réalité découle d'une convention politique non écrite liée à la démographie électorale du pays. En positionnant Chetan Baboolall à la tête de l'opposition, Paul Bérenger ne fait pas qu'installer un brillant avocat ; il réactive la formule magique de 1976. Il propulse un profil possédant toutes les clés sociologiques requises (Vaish, rural, légiste et père de famille) pour briser le monopole des blocs traditionnels et parler directement au cœur de l'électorat majoritaire. Dans l'imaginaire politique mauricien, Chetan Baboolall coche désormais toutes les cases historiques d'un premier-ministrable.

« En positionnant Chetan Baboolall à la tête de l'opposition, Paul Bérenger ne fait pas qu'installer un brillant avocat ; il réactive la formule magique de 1976. Il propulse un profil possédant toutes les clés sociologiques requises (Vaish, rural, légiste et père de famille) »


Après avoir échoué, au fil du temps, avec Madun Dulloo, Ashok Jugnauth et plus récemment, avec Nando Bodha, Paul Bérenger réussira-t-il cette fois, à avoir le bon Vaish qui le portertera au pouvoir à nouveau ou fera régner sa nouvelle formation pour la première fois ?

L'éveil d'un destin ?


Regarder Chetan Baboolall s'adresser au gouvernement ce mardi, c'était revoir l'image d'Anerood Jugnauth lorsqu'il défiait l'ordre établi il y a cinquante ans. Nul ne peut prédire si l'avenir de l'avocat de Bel Air sera aussi monumental que celui du père de la République, mais une chose demeure indéniable : en entrant à l'Assemblée dans le costume de leader de l'opposition, Chetan Baboolall n'a pas seulement prononcé des mots. Il a réveillé des symboles, assumé de claires ambitions nationales, et rappelé à notre pays que les grands destins s'écrivent souvent avec l'encre du passé.

« Nul ne peut prédire si l'avenir de l'avocat de Bel Air sera aussi monumental que celui du père de la République, mais une chose demeure indéniable : en entrant à l'Assemblée dans le costume de leader de l'opposition, Chetan Baboolall n'a pas seulement prononcé des mots. Il a réveillé des symboles, assumé de claires ambitions nationales, et rappelé à notre pays que les grands destins s'écrivent souvent avec l'encre du passé. »

 

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