Monday, 15 June 2020

Narendra Modi ou la variante hindou du national-populisme

By Christophe Jaffrelot


Définir le populisme n’est pas chose aisée et c’est pourquoi il est tentant de dire d’abord ce qu’il n’est pas. De ce point de vue, sa terminaison en « isme » est trompeuse car ce n’est pas une idéologie : il n’est par exemple ni de droite ni de gauche. Il s’agit avant tout, pour reprendre la formule de Pierre-André Taguieff, d’un style politique qui, dans l’histoire – des narodniki russes à Podemos en passant par le « People’s Party » des fermiers américains –, a embrassé les contours de toutes sortes d’idéologies. Cet « isme » se définit par d’autres traits. Les populistes prétendent d’abord – d’où leur nom ! – incarner le peuple. Cette prétention leur donne une légitimité supérieure aux institutions quelles qu’elles soient. Dès les années 1950, le grand sociologue Edward Shils disait des populistes qu’ils présentaient la volonté du peuple comme supérieure aux institutions et à celle des groupes sociaux (dont ils ignorent d’ailleurs l’existence) ; pour Shils « Le populisme assimile la volonté du peuple à la justice et à la morale ».

Les populistes nient en effet le pluralisme, car le peuple ne saurait être qu’un, comme l’a souligné récemment Jan-Werner Müller. D’où leur tendance à disqualifier leurs adversaires, voire à rejeter la démocratie reposant sur le multipartisme. La plupart du temps, cet « isme » implique au demeurant une forte concentration du pouvoir liée à son extrême personnalisation : le leader populiste entre directement en relation avec son peuple, court-circuitant sa propre formation politique et toutes les institutions en général.


Pour la suite et l'intégralité de l'article publié dans le numéro 54 - 55 de la revue Outre-Terre intitulé, Nouvelle Delhi ? : Narendra Modi ou la variante hindou du national-populisme

(171 fois lus au 15 juin 2020)

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